Éditorial de mars 2026
- Samedi 07 mars 2026 09:16 - (60 Lectures)Durant les tempêtes du mois de janvier, je me suis trouvé privé d'électricité pendant 3 jours.
Bah, j'avais sous la main une vieille guitare acoustique, des bougies et un antique transistor à piles, j'allais survivre.
La punition n'était pas trop sévère, hormis le manque d'eau chaude, aussi rapidement épuisée que les batteries de téléphones portables.
Bien sûr, plus d'internet puisque plus de box.
Plus d'ordinateurs non plus donc pas question de MAO.
Les distractions se faisant rares, je me suis dérouillé les doigts sur mes instruments acoustiques et sur quelques bricolages domestiques négligés jusqu'ici. Une vis, un clou, de la colle...
Ces quelques jours j'ai beaucoup repensé à nos anciens.
Il n'y a pas si longtemps que la fée électricité a couvert l'ensemble du globe, amenant dans son sillage la radio, la télévision et l'électrophone, l'ordinateur puis le smartphone vers la plupart des foyers.
Alors avant, on faisait comment ?
Quelques familles possédaient bien un piano, un accordéon, peut-être une guitare ou un violon mais, sans doute, leur pratique restait-elle cloisonnée à un cadre très restreint de proches.
La musique diffusable avait pour support soit la rue, soit le cabaret, soit la salle spectacle réservée à l'élite.
Au milieu du 19ème siècle, les boites à musique se sont démocratisées. La musique entrait dans les domiciles, nasillarde, métallique, aujourd'hui difficilement supportable.
Fin 19ème, le grammophone pénétrait l'intimité des familles puis vinrent, après les 78, les 33 et les 45 tours, le transistor, l'auto-radio, la haute-fidélité accessible, suivis par la K7, la boombox puis les MPxx, le CD, le streaming et ainsi de suite jusqu'à ce que notre soif de musique ne puisse plus jamais être étanchée.
Sauf en cas de blackout.
Là, le silence s'installe et je me suis senti comme amputé d'une partie de moi-même. Pas vitale, pas indispensable pour la survie mais certainement nécessaire pour nourrir mon âme.
Une fois le courant répabli, je me suis offert une véritable orgie de décibels qui, au grand dam de mon entourage, ne semblait plus vouloir prendre fin.
Alors que le stade boulimique approchait, j'ai repensé à nos anciens pour qui la musique était une denrée rare donc précieuse, à consommer avec parcimonie, espérant ainsi pouvoir me tempérer.
Eh bien, cette réflexion ne m'a pas calmé le moins du monde et j'ai compris que rien n'étancherait jamais cette soif de musique.
Comme j'ai pu m'en rendre compte à cette occasion, la musique est une maîtresse exigente dont l'absence laisse un vide que rien ne peut combler.
L'immersion sonore dans laquelle nous baignons en permanence peut parfois nous faire ressentir cette proximité musicale comme un acquis voire comme une routine.
Eh bien ce vide (tout) provisoire m'a permis d'apprécier quelle chance nous avions de pouvoir commander du bout d'un doigt cet univers musical dans lequel nous évoluons.
Pensons-y de temps en temps. Rien n'est jamais acquis aussi savourons chaque instant passé auprès de nos instruments et machines !